Comment pardonner à l’homme qui a rejeté ou abandonné ton enfant ?

Sammantha Thom 27 mai 2021 - 10 min
Comment pardonner à l’homme qui a rejeté ou abandonné ton enfant ?

Je venais à peine de célébrer mon 18e anniversaire lorsque j’ai appris que j’étais enceinte. Je me revois encore assise sur le banc des toilettes communes de ma résidence universitaire. Je n’avais même pas eu le courage de regarder à la bande du test moi-même. J’avais demandé à une amie de le faire pour moi… Je n’oublierai jamais la peur angoissante qui m’a glacé le sang quand elle m’a dit que le test de grossesse était positif.

Mon pire cauchemar aurait été plus agréable que la réalité

Je me sentais perdue et profondément seule, mais j’étais bien loin de m’imaginer que bientôt je serais assaillie de toutes sortes de coups aussi bas que cruels. De fait, le père biologique de mon enfant (avec qui j’avais été en relation pendant près d’un an) avait choisi de nous rejeter aussi violemment que ses forces le lui permettraient. Il m’avait lancé tout ce qu’il pouvait : du reniement, des insultes à peine voilées derrière des ragots qu’il alimentait lui-même, du chantage…enfin, quand il ne m’ignorait pas tout simplement.

Et comme si ses constantes humiliations ne suffisaient pas, il était allé trouver une « amie de la famille » pour le soutenir dans son oppression ; une femme de plus de 10 ans notre ainée, travailleuse sociale (et dire qu’elle en avait fait son métier d’aider de jeunes filles dans ma situation), et porte-voix de tout ce qu’il n’aurait jamais eu le courage de me dire en face.

« Si tu ne sors pas tout de suite de chez lui, je vais appeler la police ».

Au troisième trimestre, après des mois de silence, j’avais rassemblé le courage de lui rendre une visite surprise. Je croyais naïvement que se retrouver en face de mon gros ventre lui ferait réaliser la bêtise, l’égoïsme et la méchanceté de ses actes. Mais, je m’étais butée à un mur, et ça aurait aussi très bien pu être une porte ; la porte que son meilleur a forcée sur moi quand j’ai refusé de bouger et de le laisser sortir des toilettes où je l’avais coincé pour discuter.

C’est dans ces circonstances malheureuses et honteuses autant pour lui que pour moi, que cette amie de la famille m’avait menacé par téléphone d’appeler la police. À quoi j’avais répondu très calmement : « appelle-les, j’ai moi aussi des choses à leur dire ». D’ailleurs, je ne sais toujours pas comment j’avais réussi à camoufler ma peur et ma douleur ce jour-là.

C’est précisément à ce moment-là que j’ai décidé de ne plus jamais le chercher ni l’impliquer dans la vie de ma fille. Je m’étais juré qu’il ne la verrait jamais. J’avais souhaité en moi-même que tous ses enfants après elle naissent avec toutes sortes de handicaps pour le punir. Je lui en voulais de condamner ma fille à grandir sans père, et de faire de moi une énième statistique des familles monoparentales au Québec.

J’aurais tellement à dire sur ce qu’un tel rejet a fait au cœur de ma précieuse enfant, mais aujourd’hui je voudrais que nous nous concentrions sur ton cœur à toi ; car si tu ne gardes pas ton cœur, si tu es brisée, alors tu ne pourras rien apporter à ton enfant qui souffre déjà de l’absence d’un père.

L’œuvre extraordinaire de Dieu dans ma vie

Je n’en ai jamais voulu à ma fille et je ne l’ai jamais rejetée dans mon cœur à cause des circonstances difficiles de sa conception et de sa venue au monde. Je ne lui ai jamais raconté ce que je viens de partager avec toi. Je le ferai sans doute un jour, car elle a le droit de tout savoir, mais j’attendrai qu’elle soit plus grande, affermie dans la foi et capable de l’encaisser. Je ne lui ai jamais mal parlé de son père. Je me retenais même de l’insulter ou le maudire à haute voix quand j’étais enceinte.

Mais le plus extraordinaire est que quand ma fille a eu 8 ans, et qu’elle a commencé à se questionner sur son identité et ses origines, j’ai recontacté son père biologique, moi qui avais juré que jamais il ne la verrait. Je lui ai dit qu’elle avait des questions, et je lui ai même demandé s’il voulait la connaitre ou au moins m’envoyer une photo afin que je lui montre au moins à quoi ressemblait son père.

Je l’ai approché sans attentes. Je n’avais pas besoin qu’il s’excuse, je ne réclamais pas qu’il reconnaisse tout le mal qu’il nous avait fait. Je ne souhaitais même pas qu’il devienne son père ni qu’il lui démontre un soudain intérêt. Je jugeais juste que ma fille avait le droit de connaitre son père, bon comme mauvais, et que je ne comptais pas dans l’équation. Nous nous sommes donc rencontrés pour discuter de mes attentes et de ses limites.

Quelques mois plus tard, je lui ai présenté ma fille. Nous avons passé un après-midi à nous « amuser » (si tu fais fi des silences gênants et la tension dans l’air) dans une salle de jeu.

Ne gardez pas dans votre cœur le mal qu’on vous a fait. Ne vous énervez pas, ne vous mettez pas en colère, faites disparaître de chez vous les cris, les insultes, le mal sous toutes ses formes. Soyez bons les uns pour les autres, ayez un cœur plein de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Éphésiens 4 : 31-32

Me relever de cette douloureuse expérience de rejet a certainement été l’une des épreuves les plus difficiles de ma vie. Pardonner sincèrement à l’homme qui était un sujet constant de peine dans la vie de ma fille au point de rétablir une relation cordiale avec lui aurait dû me vider complètement, mais je n’étais pas seule dans ce processus. Dieu a fait le plus gros du travail, et moi j’ai simplement disposé mon cœur.

Comment pardonner à l’homme qui a rejeté ou abandonné notre enfant 2

1. Renoncer à la relation

Les premiers mois de grossesse ont sans l’ombre d’un doute été les moments les plus durs. Je refusais catégoriquement de croire ce qui était en train de m’arriver. Je refusais de croire que l’homme que j’appelais mon ami et en qui je me confiais pouvait me renier et me rejeter de la sorte. Ça m’a pris des mois avant d’accepter qu’il n’avait probablement jamais eu une fibre de bienveillance à mon égard.

J’ai connu la colère. Je me suis rebellée contre la vie, contre Dieu. Je me suis demandé pourquoi moi, pourquoi cette injustice. Je me souviens d’un soir en particulier où j’avais passé ma colère sur une de ses amies (qui au départ était la mienne) qui l’aidait à colporter des rumeurs à mon sujet. Mais l’avoir « remise à sa place » ne m’avait pas apaisé aussi longtemps que j’avais espéré.

J’ai ensuite essayé de marchander. J’étais prête à tout donner pour que ma situation change. Je me souviens avoir un jour fixé les escaliers pendant quelques minutes, me disant en moi-même que si je m’y jetais, tous mes problèmes seraient réglés.

Puis, il y a eu la dépression. Jusqu’au début de mon troisième trimestre, je pesais moins de 50 kilos. Je fondais à vue d’œil, et pour cause, je ne me nourrissais pas. Je prenais à peine soin de moi. Je remercie Dieu de m’avoir envoyé une amie chrétienne (je ne l’étais pas encore à l’époque) qui m’a invité à vivre chez elle jusqu’à l’accouchement.

Et finalement est arrivé le jour où, chassée comme une malpropre, j’ai fini par renoncer. J’ai accepté qu’il n’y avait aucun moyen de faire machine arrière. J’ai accepté ma nouvelle réalité et j’ai choisi de regarder à l’avenir. Certes à l’époque il ne me semblait pas aussi radieux qu’il est aujourd’hui, mais je ne pouvais plus laisser le passé me retenir et me détruire à petit feu. Avec le soutien de mes proches, j’ai enfin commencé à préparer la venue de mon bébé.

2. Emprunter les lunettes de Dieu

Une fois que j’ai enterré cette saison de ma vie, je n’y suis plus jamais revenu. Pendant des années, j’ai prétendu que rien ne s’était jamais passé. Le fait que ma fille grandissait avec mes parents au Cameroun plutôt qu’avec moi au Canada a certainement aidé. Peut-être aurais-je eu plus de mal à « passer à autre chose » si au quotidien j’avais confronté seule les défis des mères célibataires, pendant que son père vivait pleinement et librement à moins de 10 km de chez moi. Toujours est-il que je l’ai enfoui en moi et j’ai refusé de rouvrir cette porte. Il était mort à mes yeux.

Quand je suis devenue enfant de Dieu, trois ans après mon accouchement, j’ai dû faire face à ma propre désobéissance. J’ai réalisé que je n’étais pas innocente, car j’avais toujours choisi la voie du péché. Mais cette conviction du péché venait accompagnée de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Dans son immense amour pour moi, un Dieu saint et irréprochable m’avait pardonné toutes mes fautes et m’avait lavé. J’étais maintenant blanche comme neige, entièrement pure et justifiée.

Dieu m’a alors fait regarder au père biologique de ma fille à travers ses lunettes. Et dans les lentilles de Dieu, ce n’était pas uniquement mon persécuteur ; m’était un homme brisé, malheureux, perdu, aveugle, aussi pécheur que je l’étais avant de connaitre Christ. Il avait autant besoin de grâce et de pardon que moi.

3. Prier pour la force de pardonner et d’aimer

Pardonner ne signifie pas que ta douleur n’est pas légitime ni que tu guériras instantanément. Et réaliser que tu dois pardonner ne te rend pas automatiquement apte à le faire. Mais, tu as le droit de t’approcher du trône de ton Papa et de pleurer dans sa présence, de lui raconter ce qui t’est arrivé, de te laisser librement ressentir les émotions que tu as enterrées ; pour autant que tu finisses par avoir l’humilité et la sincérité de dire au Seigneur : « je n’y arriverai pas de moi-même. Viens à mon secours, change mon cœur ».

J’ai aussi dû apprendre à prier pour cet homme, oui, Dieu m’a fait prier pour lui. Prier pour qu’il rencontre Jésus, prier pour qu’il change ses voies, prier pour briser les malédictions que j’avais proférées. Quand il s’est mis en couple et a eu un enfant, j’ai même prié pour que Dieu bénisse leur famille.

Lui pardonner passait par mon brisement, et ce n’était plus à propos de lui, mais à propos de moi et de l’œuvre que Dieu voulait faire en moi.

4. Agir par la foi

Je ne me suis pas levée un matin et, comme par magie, j’avais tout pardonné. Les actes que je posais durant ce processus de transformation de mon cœur n’étaient pas toujours motivés par l’amour ou l’envie de pardonner. Ils étaient motivés par la foi. J’avais la foi que Dieu m’aiderait à pardonner entièrement et sincèrement. J’avais la foi que je serai un jour libre de l’amertume, et c’est sur cette base que je priais pour le père biologique de ma fille, que je pouvais le croiser chez un ami commun et être cordiale, et que j’ai réussi à ne jamais médire de lui devant ma fille.

Il n’y a selon moi aucun domaine de notre vie, encore moins une fois que nous avons invité Dieu, où notre foi n’intervient pas. Nous devons croire que Dieu est bon pour nous pardonner et nous donner la force de pardonner ; et ensuite faire de cette foi une œuvre vivante en posant des actes concrets, peu importe que nous en ressentions l’envie ou pas.

5. Rechercher la paix

Dieu nous promet une paix qui surpasse tout entendement. Nous devons prier jusqu’à obtenir cette paix. Que notre ex-conjoint ait ou non envoyé sa contribution financière mensuelle, qu’il ait refusé de s’occuper de l’enfant ce weekend comme prévu ou qu’il ignore nos appels depuis trois mois, notre paix doit être imperturbable car elle ne repose sur aucun de ces éléments.

Il est difficile de pardonner ou de demeurer dans le pardon si tout nous trouble. Il faut en venir au point où notre vie et celle de notre enfant sont entre les mains de Dieu seul, peu importe ce que fait ou surtout ne fait pas le père biologique de l’enfant. Nos attentes reposent sur Dieu, il prend soin de nous et c’est lui que nous recherchons par-dessus tout.

Enfin, nous devons ensuite rechercher la paix dans la relation si elle existe encore. Ça veut dire qu’il y aura des jours où il faudra être flexible, contrôler son ton de voix, ravaler une remarque désobligeante, etc. Qui sait ? Cet homme sera peut-être gagné au Seigneur par ton caractère. Quel beau témoignage ce serait !

Souviens-toi que tu es la première personne que le pardon libère, car l’amertume est une prison qui t’empêchera de vivre ta destinée glorieuse en Christ. Dieu peut te relever de n’importe quelle offense et te laver de n’importe quelle humiliation.

Jésus a donné sa vie pour que tu aies la vie et que tu l’aies en abondance ; et personne, même pas l’homme qui vous a rejeté ou abandonné ton enfant et toi, ne te la volera.

Sammantha Thom

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